111 résistants peu ordinaires

On le constate : de plus en plus souvent des citoyens se regroupent suivant des affinités spécifiques et font savoir aux responsables politiques qu’ils souhaitent telle ou telle modification des choix politiques, souvent en s’appuyant sur une expertise particulière. On songe aux 15.000 scientifiques du monde entier qui s’indignent de l’apathie des décideurs politiques et économiques face à l’évidence des changements climatiques.

Mais on vient de découvrir en Belgique un appel signé par 111 personnalités qui est quelque peu original. En effet, ceux qui cosignent ce texte ne font pas partie du même monde militant ou politique plutôt engagé mais représentent une palette large et diversifiée de ceux qui se préoccupent de l’avenir de nos sociétés. On y trouve fort logiquement beaucoup de professeurs d’université mais aussi les recteurs de toutes les universités du pays, du nord comme du sud. Ils sont accompagnés d’artistes (comédiens, musiciens, cinéastes, écrivains…), de responsables économiques, syndicaux, mutuellistes… et de représentants d’associations de poids.

L’égoïsme de l’État belge

Que nous disent ces 111 signataires (nombre pas si bizarre que cela : ce sont les trois premiers chiffres de la célèbre opération 11.11.11 du CNCD qui est à l’initiative ce cet appel)? Ils constatent que chaque année la Belgique réduit son budget de l’aide au développement. Depuis 2010, ce sont des diminutions de près de 2,5 milliards d’€ qui ont été décidées, ce qui fait que la Belgique est très loin (0,42%) de l’objectif international de 0,7% de la part du revenu national brut qui devrait être consacrée à l’aide des pays du Sud en difficulté économique.

Que répond le ministre de la Coopération belge, Alexander De Croo ? Que l’efficacité de l’aide doit être évaluée. Cela n’est contesté par personne, mais ne répond absolument pas à la mise en cause de la réduction des montants qui, elle, entraîne une inefficacité certaine. De Croo dit aussi que la misère et la faim diminuent de par le monde, oubliant de préciser que c’est grâce au développement en Chine et en Inde, pays assez grands et autonomes pour se libérer de l’exploitation néocoloniale, que vivent l’Afrique ou l’Amérique du sud qui sont les zones théoriquement aidées par notre coopération et où la situation se dégrade. De Croo dit enfin que d’autres pays font encore moins bien que la Belgique… Il ne dit pas qu’il parle là des pays d’Europe centrale et orientale qui sont, de fait, peu généreux mais que les pays au niveau de vie comparable à la Belgique, dont tous nos voisins, font beaucoup mieux que nous. Cet argument de comparaison (qui n’est pas raison) avec les plus mauvais ressemble étrangement aux propos du secrétaire d’État Francken qui utilise le même argument pour justifier la collaboration avec la dictature soudanaise afin de pouvoir expulser des réfugiés fuyant ce pays martyr…

Paradoxalement, ce sont le mêmes qui refusent d’accueillir « trop » de réfugiés « chez nous » et qui disent « Il faut les aider à rester chez eux » et qui refusent tout aussi égoïstement de prévoir des moyens budgétaires conséquents pour aider au développement des pays, notamment d’Afrique, d’où viennent tant de réfugiés.

D’autres collectifs résistants

Signalons que l’on voit émerger d’autres appels/pétitions qui remettent radicalement en cause la logique dominante de notre société. Ainsi, la mouvance écosocialiste ose proposer une grève pour le climat. Déjà 347 personnes s’accordent à dire : « Nous nous interrogeons sur notre capacité d’agir en tant que citoyens et acteurs de la société civile sur la politique climatique et environnementale au-delà de notre capacité à changer nos propres comportements individuels. Cette pression du peuple, nous pensons qu’elle devra se matérialiser en 2018 par une grève. Une grève parce qu’il y a urgence et que nous ne pouvons plus attendre, une grève parce que nous ne voulons plus produire pour produire, une grève parce que nous voulons que l’environnement soit considéré comme un facteur déterminant pour chaque prise de décision politique, une grève parce que c’est l’occasion d’arrêter la machine à produire quelques heures et de réfléchir sur le sens de nos emplois. ».

Et pour les productivistes qui sacralisent la croissance, le pire est encore à venir : se prépare pour la fin janvier un texte, déjà signé par pas mal de penseurs, qui sera relayé par des réseaux sociaux progressistes et qui servira de point de départ à une année où se tiendront plusieurs conférences internationales sur la décroissance, à Bordeaux, à Malmö et à… Bruxelles.

Alain Adriaens