Afrin, une ville martyre de plus…

Après 2 mois d’intenses bombardements aériens et d’artillerie lourde, la ville d’Afrin, capitale du canton du Rojava (Kurdistan syrien) vient de tomber aux mains de l’armée turque et de ses milices alliées.

Partout dans le monde, les communautés kurdes exilées (plus d’un million de personnes) tentent d’alerter l’opinion sur le drame qui se déroule une fois de plus sur le territoire syrien. Cette fois, il ne s’agit plus d’une lutte entre factions rivales d’une guerre civile qui dure depuis plusieurs années mais un État, la Turquie, qui envahit une portion du territoire d’un autre État dans l’objectif clairement revendiqué d’«éliminer» une structure politique trop démocratique à son estime.

Depuis qu’il a opéré son virage autoritaire et militariste, Recep Erdoğan a décidé de briser la communauté kurde vivant sur le territoire de Turquie. Il réalise ce plan dans son pays mais il a jugé inacceptable que la communaté kurde acquière une certaine autonomie en Syrie voisine. En ce début 2018, en violation de toutes les lois internationales, il a donc lancé une vaste opération militaire pour prendre le contrôle du canton d’Afrin, un des trois où se développent les structures du confédéralisme démocratique, alternative pacifique au chaos et aux logiques autoritaires à l’œuvre dans une région où cohabitent tant de communautés et religions différentes.

Craignant une contagion démocratique, Erdoğan a donc décidé de détruire ce mauvais exemple au regard de la dictature qu’il développe en Turquie. Déjà, un minimum de 1.500 victimes ont été dénombrées et ce chiffre va hélas bien vite augmenter. Afrin est en effet non seulement une ville à majorité kurde mais elle est depuis quelques années le refuge de populations arabes, turcmènes, yezidis… fuyant les destructions et la mort d’autres zones de Syrie, notamment la ville d’Alep. Le pire est à craidre car la Turquie a enrôle à côté de son armée les débris de Daeshe et d’Al Quaïda qui avaient fui en Turquie après leur défaite infligée, justment, a rle bataillons kurdes. Leur vengeance, sous la protection des avions turcs, risque d’ête terrible.

Alors que l’Occident et ses médias ont encensé le courage et l’héroïsme des hommes et des femmes kurdes dans leur combat pour repousser les hordes de Daesh, un silence mortel entoure la destruction  d’Afrin. On a vu des images sur les frappes aériennes détruisant des quartiers entiers d’Alep, de Raqqa, de la Ghouta. On a entendu maints commentaires dénonçant à juste titre le « boucher » qu’est Bachar El Assad. Mais depuis que ce sont les Turcs qui anéantissent Afrin, une très grande discrétion s’est emparée des médias occidentaux. On comprend que les Kurdes se sentent trahis et qu’ils craignent qu’une fois de plus leur peuple sera victime des jeux des grandes puissances, Russie, USA, Turquie, Iran qui les utilisent dans leur logique impériale et puis les abandonnent à un tragique destin.

On veut croire qu’il s’agit dans le fait de la presse d’un manque d’information et non pas d’un alignement sur les diplomaties d’Europe et des Etats-Unis qui ont décidé de ne pas dénoncer les très graves dérives du régime turc car ce pays est un membre de l’OTAN et qu’il a passé un accord (très juteux pour lui) pour arrêter le flot des populations qui fuient les guerres d’Irak et de Syrie. Aurait-on une fois de plus l’illustration de la terrible formule qui dit que « La première victime d’une guerre, c’est la vérité ».

La mobilisation des opinions reste plus nécessaire que jamais car Erdogan n’a pas caché son intention, si Afrin tombe définitivement, de s’attaquer à Kobane et Cirize les autres cantons du Rojava qui ont le grand tort de développer des structures démocratiques, féministes, écologistes dans des régions qui semblent vouées à la guerre et aux massacres sans fin…

Alain Adriaens