Agir pendant l’effondrement

Nous sommes tous dépassés. Voilà le constat que nous portons dans notre mouvement, non seulement pour désigner l’ensemble des crises auxquelles nous sommes confrontés, mais aussi lorsque nous réfléchissons à toutes les luttes, initiatives citoyennes, réflexions… auxquelles nous sommes appelés à contribuer. En dix ans, la donne a changé énormément. D’« insuffleurs » d’autres possibles, notamment en assurant la diffusion des questionnements et des réflexions portées par le mouvement de la décroissance, nous sommes maintenant amenés parallèlement à nous investir de plus en plus sur nos différents territoires pour construire des alternatives sociales, politiques, culturelles et économiques, et pour défendre ce qui relève du commun.

Agir plutôt que subir

Si l’émergence de tant de nouvelles pratiques étonne certains, ce jaillissement n’est pas pour autant une nouveauté. Notre monde va mal. Faut-il encore le dire ? Il n’est donc pas surprenant de voir des initiatives de toutes sortes se multiplier. Il en a été ainsi de tout temps. De tout temps, les humains ont agi sans attendre une nouvelle organisation sociale pour trouver des solutions aux problèmes auxquels ils étaient confrontés et pour répondre à leurs aspirations. Comme de tout temps, les tenants de la ligne historique dans laquelle ils étaient inscrits ont tenté de la prolonger à tout prix, même au prix de l’aberration la plus totale. L’Histoire est pleine d’exemples de ce type.

Cette émergence est donc pour nous le signe lisible qu’une partie, toujours minoritaire mais de plus en plus visible, de nos concitoyens a intégré le fait que, non seulement un changement de paradigme est en cours, mais encore que celui-ci est incontournable et qu’il y a urgence à y travailler sans attendre que les solutions viennent de nos gouvernements. La défiance envers les structures dirigeantes actuelles est d’ailleurs à ce point avérée et intégrée qu’elle amène une recomposition nette des partis et mouvements qui se présentent aux élections. On assiste en parallèle à un déferlement de regroupements citoyens totalement inédits sur des questions politiques (TAC[1], Insoumis, Indignés, Convivialistes…).

Les transitionneurs, entendus comme celles  et ceux qui d’ores et déjà s’activent sur nos territoires pour construire des alternatives concrètes, ne sont donc pas les seuls à porter « un changement ». Les acteurs sont multiples. Si leur articulation n’est pas encore très lisible, elle n’en est pas moins en partie effective, comme on a pu notamment le constater lors de divers rassemblements (CETA, TTIP[2], climat, justice sociale et fiscale…) et comme on peut le voir dans la construction de nouveaux outils transversaux conviviaux (monnaies complémentaires, nouvelles coopératives…). 

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Michèle Gilkinet
Bernard Legros 

Les deux auteurs apportent ici le point de vue du mouvement politique des Objecteurs de Croissance (le mpOC) qui depuis 8 ans diffuse en Belgique francophone les idées du mouvement de la décroissance, fort imbriqué avec celui de la transition www.objecteursdecroissance.be/spip.php?article514).


[1] Tout Autre Chose : mouvement citoyen.
[2] Traités commerciaux avec le Canada (CETA) et les États-Unis (TTIP).
[3] Kate Raworth, interviewée par Basta « Quand l’avenir de l’humanité dépend d’un doughnut… » www.bastamag.net/Quand-l-avenir-de-l-humanite-depend-d-un-doughnut-symbole-d-un-espace-juste-et