Bourses : correction ou mini-krach ?

Depuis le 26 janvier 2018, les indices boursiers ont entamé une descente brutale qui fait craindre à certains que l’euphorie connue depuis l’élection de Trump soit non seulement enrayée mais que cela annonce des temps très mauvais pour ceux qui s’enrichissent insolemment en « jouant en bourse ». Tentons d’y voir clair.

Ces derniers jours, les médias dominants ont été nombreux à commenter la baisse des bourses qui est soudain apparue et s’est amplifiée depuis 2 semaines. En majorité les propos se veulent rassurants mais on entend rarement une analyse argumentée sur ce qui se joue derrière des chiffres plutôt incompréhensibles pour le commun des mortels. Au risque de paraître quelque peu pédagogique, essayons de comprendre, sur le long terme, les grandes manœuvres de la finance mondialisée.

Quand les pauvres aident les riches

Depuis début 2009, quand il a été clair que ce serait les États, et donc les citoyens contribuables, qui combleraient le trou creusé par la crise des subprimes, ceux qui s’enrichissent en jouant sur les marchés ont été rassurés et ont pu reprendre leurs calculs mercantiles. Si l’économie réelle a subi de sérieuses difficultés, si les petits propriétaires endettés ont été expulsés par centaines de milliers, les actionnaires qui venaient de connaître des inquiétudes ont pu respirer.

Au-delà du renflouement des banques par l’argent public, la mesure la plus décisive prise par les autorités monétaires (les banques centrales) qui pilotent le capitalisme financier fut d’inonder le marché d’argent frais, créé de toutes pièces. Ils appellent cela du quantitative easing (assouplissement quantitatif) mais cela veut dire qu’on fait tourner la planche à billets (ou son moderne équivalent électronique). Ce bel argent est prêté (avec un intérêt quasi nul) aux banques, à charge pour elles de le reprêter aux entreprises ou aux particuliers, avec ici un taux d’intérêt très rémunérateur. Cela est sensé relancer l’économie atone. Le danger d’une telle création monétaire qui ne s’appuie pas sur une création de richesse réelle est de relancer l’inflation : par un mécanisme auto-correcteur, les biens réels voient leur prix augmenter car l’argent a perdu de sa valeur par « dilution » dans une plus grande quantité de monnaie. Or, de façon surprenante, on n’a pas assisté à de l’inflation, ce qui a permis aux banques centrales des USA, d’Europe et du Japon à continuer de créer des milliers de milliards de dollars, d’euros ou de yens. Comment cela se fait-il ? Eh bien, c’est parce qu’une majorité de cet argent créé n’est pas allée dans l’économie réelle mais est restée aux mains des banquiers et de leurs amis. Ceux-ci, plutôt que de prendre le risque de prêter à des gens qui ne rembourseront peut-être pas, vu la crise, gagnaient beaucoup plus à acheter des actions qui, logique auto-générée (plus de demande, donc le prix augmente), voyait leur valeur monter, monter… 

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Alain Adriaens