Couple franco-allemand: nouvelle idylle ? (3)

Photo de Rafael Miranda sur Unsplash

Dans une Europe à la carte ?

Que ce soit Angela Merkel ou Martin Schulz à la tête de l’Allemagne après l’élection de septembre, leur relation avec Macron et la France sera crucial.
Mais ce couple franco-allemand, dont la relation a été marquée par la tension et la rivalité autant que par la coopération constructive, est-il capable de gérer une aussi grande famille ?  Cet engin historique de l’Europe pourra-t-il encore propulser l’intégration Européenne ?

Le “Green European Journal” s’est entretenu avec Mme Claire Demesmay, Directrice du programme pour les relations franco-allemandes au Conseil Allemand des relations étrangères (DGAP) à Berlin. Il a publié cet entretien sous le titre: “Réparer l’Europe en Paire: la France et l’Allemagne“.
Avec leur autorisation, nous reprenons cet entretien en trois parties:

  1. Élections croisées: complémentaires ?
  2. Nouveaux enfantements ?
  3. Dans une Europe à la carte ?

En collaboration avec d’autres chercheurs vous avez écrit une tribune dans Le Monde qui défendait l’abandon de l’idée d’une intégration européenne homogène. Vous soutenez donc une Europe à plusieurs vitesses et multi-formes ?

Avec mes collègues du groupe de réflexion franco-allemand, nous partons d’un double constat. D’une part, les Européens sont confrontés à des défis extrêmement élevés, qu’il s’agisse des attaques terroristes, des conflits armés à nos frontières ou encore de l’approvisionnement énergétique et du réchauffement climatique. Ces défis nous obligent à agir, et les États-nations seuls ne sont pas en mesure de les relever. D’autre part, les replis nationalistes se sont intensifiés au sein même de l’UE, la Pologne en est un exemple, et se traduisent par des blocages qui invalident toute recherche de solution commune. Cette contradiction doit être levée, et rapidement. Pour cela, il faut abandonner l’idéal d’un approfondissement permanent des politiques européennes, auquel participeraient l’ensemble des États-membres. Nous estimons donc qu’il faut aujourd’hui faire preuve de pragmatisme, et permettre à ceux des États européens qui le souhaitent d’agir en commun.

Étant donné l’expérience de la France et de l’Allemagne dans la fabrique de compromis européens, mais aussi leur sentiment de responsabilité pour l’Europe, je pense que ces deux pays ont ici un rôle central à jouer. Cela étant, la démarche n’est pas sans risques. Il y a deux écueils principaux à éviter. Le premier est d’exacerber les forces centrifuges déjà existantes, et donc d’accélérer la division de l’UE. C’est la raison pour laquelle, parallèlement aux dossiers pour lesquels seule une intégration différenciée est possible, il me semble indispensable de travailler à des projets d’intérêt commun. La politique de sécurité me semble y être propice, mais aussi la protection des frontières extérieures de l’UE ou des sujets moins politiques, comme l’adaptation de nos économies à la révolution numérique. Cela peut aussi permettre à plus long terme de regagner des États-membres tentés par le repli national.

Le second écueil est d’attiser les tensions intra-européennes, en excluant des États attachés à l’action commune, mais mis à l’écart par ce qui pourrait être perçu comme un directoire franco-allemand. Ce serait contreproductif. Paris et Berlin doivent absolument travailler avec tous ceux qui le souhaiteraient, y compris les plus petits pays. Personnellement, je plaide pour des constellations flexibles en fonction des sujets et des intérêts – autour d’une colonne vertébrale franco-allemande qui permet de garantir une certaine stabilité, et donc une durabilité, de la coopération européenne. Il ne me paraît ni nécessaire, ni pertinent, d’institutionnaliser ce genre de coopérations, qui les figeraient et créeraient de nouvelles frontières entre les “in” et les “out”. Bien sûr, il est difficile d’échapper à un cadre fixe dans le cas de la zone euro, puisqu’il s’agit d’ores et déjà d’une Union au sein de l’Union. Mais il est d’autant plus important de garantir aux autres projets de coopération le maximum de souplesse.


Source: https://www.greeneuropeanjournal.eu/pairing-up-to-repair-europe-france-and-germany/

Un grand merci à l’équipe de Green European Journal!