Découvrir les Dialogues en Humanité

Dans les articles de la rubrique « Allons-y », que la coopérative d’édition POUR publie depuis près de 2 ans, nous essayons de faire connaître des initiatives que l’on range parfois sous le vocable de « mouvement de la transition ». Mais celui-ci est fort divers et l’on y trouve aussi bien des collectifs militants, plutôt politisés, que des groupes plus méfiants vis-à-vis du politique, qui s’appuient plus sur la transformation personnelle pour aider à faire changer le monde. Dialogues en Humanité est un des rares lieux où l’on fait échanger ces deux facettes de la résistance au modèle dominant.

Les Dialogues en Humanité à Lyon

C’est en 2003, à Lyon, qu’eut lieu la première rencontre dans le cadre de ce qui allait devenir Les Dialogues en Humanité. L’année précédente, lors du sommet mondial sur le développement durable à Johannesburg, se sont rencontrés Gérard Collomb, sénateur maire de Lyon (devenu aujourd’hui ministre de l’Intérieur), Patrick Viveret, philosophe, Geneviève Ancel, conseillère technique au cabinet du Président du Grand Lyon pour le développement durable et Hugues Sibille, en charge de l’économie sociale au Crédit Coopératif. Ils ont décidé de créer sur Lyon un événement dont l’objectif a été précisé par Patrick Viveret en mai 2003 dans une intervention où il disait : « Face à la logique destructrice de la guerre, qu’elle soit économique, sociale, militaire ou civilisationnelle, il est possible de promouvoir une vision et une stratégie positive de la mondialité qui soit fondée sur une logique de coopération, de citoyenneté et d’art de vivre ».

Depuis lors, chaque année, durant plusieurs jours, se déroulent ces rencontres qui ont établi leur quartier général sous les arbres du parc de La Tête d’Or. Plus facile de dire qui n’est pas passé par là que de lister ceux qui ont participé à ces échanges. Comme les Dialogues ont des archives fort complètes et bien tenues, vous pourrez vous y promener des heures pour découvrir la richesse de ce qui s’est construit là depuis 15 ans.

Les Dialogues ont aussi essaimé et, à ce jour, c’est dans une soixantaine de villes que s’organisent des Dialogues sur le modèle initié à Lyon. De Jérusalem à Berlin, de Fez à Addis-Abbeba en passant par Salvador de Bahia se déroulent des rencontres avec des règles bien précises (« Règle n°1 : liberté de propos – Règle n°2 : bienveillance (écoute et respect de soi, de l’autre, de la nature) – Règle n°3 : égalité de tous devant la question humaine) qui autorisent des échanges conviviaux qui ravissent ceux qui y participent.

Les Dialogues ne pouvaient décemment pas être absents de la capitale de l’Europe et, dès lors, depuis quelques mois se préparent deux journées programmées pour les 30 juin et 1er juillet 2018

Les Dialogues à Bruxelles

C’est une participante régulière aux rencontres de Lyon, Fabienne Minsart, qui est la cheville ouvrière du projet bruxellois. Elle qui animait les Compagnons de la Transitions à Watermael-Boitsfort depuis des années, s’est lancée dans ce vaste projet de transposer à Bruxelles la dynamique des Dialogues. Elle s’est habilement entourée de soutiens divers : dès mars 2017, le théâtre Varia accueillait une réunion de lancement à laquelle apportaient leur soutien de nombreuses organisations belges, francophones et néerlandophones, ainsi que Patrick Viveret, Geneviève Ancel et Ivan Maltcheff venus de France pour soutenir le démarrage du projet.

Depuis lors, le projet a bien avancé. Ce sera sous les arbres du parc Josaphat, à Schaerbeek que se déroulera la première édition des Dialogues en humanité Bruxelles les 30 juin et 1er juillet 2018. Mais ce ne sera là que l’aboutissement d’un processus qui a déjà démarré et s’étendra sur toute une année. Puisque le but est de créer une dynamique collective et participative en Région bruxelloise pour sortir de l’impuissance et de l’indifférence, diverses activités se dérouleront entre septembre 2017 et juin 2018. Ainsi, on prévoit déjà trois étapes. D’abord, un cycle d’introduction « Quelle humanité ? » lors duquel auront lieu 7 rencontres participatives avec Riccardo Petrella. Les quatre premières ont déjà eu lieu à la Maison des Cultures de Molenbeek et ont rassemblé un large public, notamment grâce à la collaboration avec la Brussels Academy, une université urbaine et citoyenne qui a pour objectif de « faire la ville ensemble ». Par la suite sont programmées des « Rencontres Dialogues en humanité » en partenariat avec différents acteurs associatifs et citoyens au cœur des quartiers bruxellois.

L’objectif principal que vise la dynamique des Dialogues en humanité, et qui est partagée dans ce réseau international, est de remettre au centre le dialogue autour des questions de société qui concernent tous les citoyens pour sortir ensemble de l’impuissance et de l’indifférence. Face à l’inquiétude et la peur que suscite l’époque, les initiateurs veulent retrouver le goût de la discussion, de l’imagination et de l’action. Ils nous disent « Nous avons besoin de réinventer du désir, un désir d’humanité ! ».

En marge de ces activités « grand public », se déroulent déjà des ateliers où quelques dizaines de personnes préparent les thématiques qui seront abordées lors de la première édition : de toute évidence, la méthode très démocratique par laquelle le projet s’élabore est tout aussi importante que ce qui en sortira au final. Avec une telle énergie collective, il serait fort surprenant qu’on n’entende pas bientôt reparler de cette coupole qui a l’originalité de rassembler à la fois des militants qui affrontent un monde peu séduisant et des « mutants » qui essaient de s’appliquer la belle formule de Gandhi « Sois le changement que tu veux voir dans le monde ».