Des enjeux et un métier à découvrir

L’Institut Eco-conseil asbl est un centre de formation aux métiers du conseil en environnement. Son approche est résolument tournée vers la construction collective d’un développement durable. Jeunes et moins jeunes, ils sont 800, au fil des ans, à s’être impliqués pour une société gérée durablement.

Depuis 1972, date du premier Sommet de la terre dont l’objectif était de définir les moyens de stimuler le développement durable au niveau mondial, bien d’autres rencontres internationales ont été organisées par l’ONU. Était-ce pour autant une réelle prise de conscience sur l’avenir de la terre par les dirigeants mondiaux ? Et quels moyens étaient entrepris ? 45 ans plus tard on est loin du compte alors que sont nombreuses les initiatives de citoyens soucieux de préserver l’environnement et de réorganiser l’économie en la développant vers une plus juste répartition des richesses.

La Belgique a signé en 1992 la Déclaration de Rio sur l’environnement et le développement qui précise la notion de développement durable et encourage à l’intégrer dans les politiques locales. Guy Castadot, qui fut coopérant en Amérique du Sud, connaît bien ces problématiques et sait qu’il sera difficile de gérer les problèmes planétaires en respectant les contraintes écologiques. Il décide alors de suivre la formation d’éco-conseiller à Strasbourg et son projet de stage est de lancer à Namur une formation d’éco-conseiller en Wallonie et à Bruxelles. En 1989, il lance l’institut Eco-conseil, ayant réussi à mobiliser des volontés politiques et recueillir des fonds.

Une formation ouverte à la vie

« Dès la création de l’Institut Eco-Conseil, le fil rouge et le cœur du métier d’éco-conseiller est de former des accompagnateurs de changement, explique Augustin Joiris, son jeune directeur. La formation implique des aspects techniques liés aux sciences environnementales et d’accompagner un changement de société en vue d’un usage des ressources plus durable, raisonné et solidaire. » L’éco-conseiller va développer des compétences à la fois de communicateur et de gestionnaire de projet. Il est appelé à jouer des rôles de sensibilisation, d’éducation, d’aide à la décision, de facilitation, de coordination. Il mène ses actions dans des administrations publiques, des entreprises privées, des bureaux d’études, des associations ou en tant qu’indépendant. Là se trouvent d’ailleurs les lieux de stage pendant le cursus.

L’économie est avant tout une affaire humaine

A priori la formation initiale d’éco-conseiller, en horaire décalé ou non, (plusieurs formules sont possibles) est destinée à des universitaires ayant une expérience professionnelle. La plupart d’entre eux se sont posé des questions sur leur profession et visent un travail qui ait plus de sens. Ce fut le cas d’Augustin Joiris. Biologiste de formation, il a fait de la recherche. Mais les recommandations qu’il formulait pour gérer l’environnement n’étaient jamais suivies tout simplement parce que les études poussées n’intégraient pas le facteur humain et se focalisaient trop sur l’économique. « Faire de la transition en n’impliquant pas les humains, c’est voué à l’échec » dit Augustin Joiris. C’est pourquoi son insatisfaction d’universitaire l’a conduit à entamer la formation d’éco-conseiller en 2013 pendant laquelle il a co-créé (vers 2009) The peas qui est devenu Färm Coop, une entreprise de distribution bio et locale. « Je découvrais alors un métier qui me permettait de concilier les aspects techniques et les aspects humains du développement durable, j’étais bien entre les deux. C’était le métier dont je rêvais. » Ensuite, consultant indépendant pendant 4 ans, il collabore avec l’Institut Eco-conseil et devient administrateur-délégué à la suite du décès accidentel de son directeur, Eric Allard, en juin dernier.

Acteur indispensable pour l’avenir

Comment l’Institut Eco-conseil se situe-t-il dans les divers mouvements écologistes et initiatives de terrain qui émergent chez nous ? « Le terme environnement a cédé la place au terme développement durable pour adopter aujourd’hui le mot « transition », explique Augustin Joiris. Et c’est ce qu’on fait à l’institut depuis bientôt 30 ans. Nous formons des accompagnateurs et généralistes de l’environnement. Dès qu’on touche à des modèles de sociétés, on soulève des problèmes complexes. Les aborder est un challenge pour lesquels on a une expertise pour aider les gens et les organisations. Mais nous sommes insuffisamment connus et un de nos objectifs actuels est d’être identifié comme acteur incontournable de la transition. Les quelques 900 éco-conseillers qui ont suivi une des formations chez nous depuis 28 ans, ont travaillé en commune, en associatif, en potagers collectifs. Ils ont suscité des mouvements de transition ou des entreprises d’économie sociale, ou lancé leur propre projet. Par rapport à toutes les initiatives qui naissent, la formation d’éco-conseiller propose des outils pour améliorer leur organisation. Souvent ce sont moins des aspects techniques que des facteurs humains qui concourent à la réussite d’un projet comme fédérer des gens, maintenir la motivation, les aider à franchir la première marche et les encourager à grimper la seconde.

Un défi dans un monde explosible ?

« Quand on regarde l’état de l’environnement, c’est désespérant et ça fait mal. Par contre, si on regarde l’évolution de notre action depuis 28 ans et le souci collectif de plus en plus manifeste de préserver la nature, les progrès réalisés donnent de l’espoir. Quelque chose est en marche. On espère seulement que les procédures d’accréditation des produits sur le marché vont devenir plus sévères. Avec le glyphosate et les néonicotinoïdes, un mouvement citoyen a surgi et les gens n’acceptent plus de ne pas être informés. Ils prennent enfin la mesure des problèmes de santé et font attention à ce qu’ils achètent pour les enfants. La gestion différentielle des espaces verts dans les communes qui n’arrosent plus de pesticides est de mieux en mieux reconnue. »

Pas de défaitisme

« On ne vient pas parler aux gens des malheurs de la terre car ils rejetteraient le message et ils ont raison. Personne n’est individuellement responsable. Établir la stratégie de changement fait partie de la formation. Il faut créer au départ un eco-team de personnes intéressées par un projet environnemental et les fédérer. Pour les y préparer, les stagiaires sont impliqués activement dans leur formation et coproduisent savoirs et projets. »

Le certificat d’éco-conseiller récompense 7 mois de formation théorique et de stage. L’Institut Eco-Conseil dispose d’une équipe d’une quinzaine de formateurs pour les compétences transversales et les compétences techniques. Mais fait aussi appel à des professionnels de terrain. Par exemple, pour la prévention des inondations ou la construction d’un éco-quartier ou la gestion des déchets… Pour certaines thématiques, des centres compétents du Forem sont sollicités. Les stagiaires connaissent entre 80 et 100 intervenants externes, ce qui leur facilite la création d’un réseau. Avec un taux d’engagement autour des 80% au bout de 2 ans, la formation ouvre un intéressant avenir professionnel à ceux qui s’y sont investis.

Part’AG 2018

Le 5 mai prochain, professeurs, étudiants, amis, complices d’une société durables vont se retrouver dans une fête ouverte à tous à l’occasion de l’Assemblée générale. Le projet est avant tout de réseauter, se retrouver, échanger, partager, discuter, s’amuser, profiter d’une demi-journée d’échanges et de détente ! D’ici là, un petit tour sur Facebook, s’inscrire à la newsletter permet de garder contact et de consulter les dates de lancement des différentes formations et les activités de sensibilisation, sans oublier les contacts internationaux. L’écologie a besoin de conseillers, et les conseillers ont besoin de la prise de conscience de tout un chacun.

Godelieve Ugeux