Destruction de la ZAD à Notre-Dame-Des-Landes : Macron enterre Demain

Credit: zad.nadir.org.

Depuis ce lundi 9 avril, le gouvernement d’Emmanuel Macron a lancé une opération militaire d’envergure pour reprendre la ZAD de Notre-Dame-des-Landes à ses habitants. Cette opération d’une rare violence, appuyée par des véhicules blindés, consiste à détruire une par une les habitations de la ZAD à l’aide de bulldozers. Elle fait inévitablement penser aux destructions d’habitations en Palestine dont l’armée israélienne est coutumière. Au quatrième jour de la bataille de la ZAD, celle-ci avait déjà fait 80 blessés du côté des manifestants, dont plusieurs sont dans un état grave. Le gouvernement français a voulu mener cette opération à l’abri des regards, et les journalistes ont donc été interdits d’accès à la zone. Mais aujourd’hui il est devenu difficile pour le pouvoir de mener des actions dans un secret absolu. Et grâce aux réseaux sociaux et au site d’information Mediapart, notamment, de nombreuses images nous parviennent qui en disent long sur la violence des affrontements.

La vidéo suivante, intitulée AVANT-APRES donne une idée des destructions opérées par l’intervention militaire de ces derniers jours. Macron s’est manifestement inspiré des destructions de maisons commises régulièrement par Netanyahu en Palestine.
Mais cette video-ci, datant de 2013, montre que ce n’est pas la première fois que l’Etat français s’attaque à la ZAD dans une opération guerrière d’une violence inouïe. Mais elle montre aussi la capacité de résistance des Zadistes qui, après la destruction de leurs bâtiments en 2013, ont tout reconstruit. Dès aujourd’hui, des dons et des soutiens affluent de toute l’Europe vers Notre-Dame-Des-Landes qui permettront à cet îlot de résistance de renaitre.
Credit: Reporterre.net

Mais c’est quoi la ZAD de Notre-Dame-Des-Landes ?

La ZAD, c’est une zone d’environ 260 hectares appelée Zone A Défendre par le collectif qui se bat contre la construction d’un aéroport à cet endroit. Ce projet d’aéroport, qui fut concédé à la multinationale Vinci propriétaire de nombreux aéroports à travers le monde, s’est heurté depuis des décennies à l’opposition d’une partie importante de la population, et en particulier d’agriculteurs locaux.

Au fil des ans, ces agriculteurs ont été rejoints dans leur combat par des militants d’horizons divers qui sont venus s’installer sur ces terrains expropriés par l’Etat en vue de la construction de l’aéroport. Le combat contre l’aéroport s’est doublé pour eux d’un  combat pour une autre manière de vivre, respecteuse de la nature et de son environnement, solidaire et collective. Le maître-mot de ces centaines d’habitants est l’autonomie. Ils ont mis en place des manières de vivre différentes, en autogestion, qui n’obéissent aucunement aux lois du commerce et de la propriété qui sont le fondement du système capitaliste. Certains ont développé de l’artisanat, d’autres se sont lancés dans la culture maraîchère, ils pratiquent le troc et le prix libre. Des structures de décisions collectives se sont mises en place.

Credit: zad.nadir.org.
Credit: Thierry Pasquet (Libération)

Il s’est ainsi créé, quelque part dans la France profonde, un îlot de résistance au système capitaliste, qui a tôt fait d’attirer l’attention de tous ceux qui aspirent à  vivre autrement. Des milliers de jeunes de toute l’Europe viennent chaque année passer de quelques jours à quelques semaines à la ZAD. Tout un système a été mis en place par les quelques centaines d’habitants permanents pour accueillir ces visiteurs et les intégrer rapidement dans les activités collectives de la ZAD : travaux des champs, cuisine collective, réparations, constructions de bâtiments, etc. Le site officiel de la ZAD contient énormément d’explications sur son fonctionnement. Cette vidéo donne une bonne idée de l’esprit dans lequel fonctionne la ZAD.

Le succès et le rayonnement de cet îlot de résistance font peur au pouvoir, dont l’argument massue et un rien grandiloquent consiste à dire « On ne peut pas tolérer que dans la république s’installe une zone de non-droit ». Alors, la ZAD est-elle une zone de non-droit ? Sans doute au sens où les habitants refusent l’ingérence de l’Etat dans leur fonctionnement et où ils se battent farouchement pour leur autonomie. Mais les habitants y sont libres. Rien à voir donc avec une zone de non-droit comme l’est, par exemple, la prison (appelée pudiquement « centre fermé ») de Steenokkerzeel. Imagine-t-on le gouvernement Michel y envoyer des blindés pour libérer les personnes qui y sont détenues illégalement, alors que des décisions de justice exigent leur libération immédiate ? Les zones de non-droit sont hélas de plus en plus fréquentes dans nos démocraties en péril. A titre d’exemple, le droit au logement est bafoué sans que nos gouvernements ne mandatent la police pour le faire respecter.

Bien sûr il ne faut pas donner de la ZAD une image angélique: comme dans toute société, des tensions existent, des disputes éclatent. Mais la vie communautaire que les quelques centaines d’habitants de la ZAD, jeunes et moins jeunes, ont mise sur pied au cours des ans est un formidable terrain d’expérimentation sociale, qui fonctionne en dehors des lois du marché, dans l’esprit des expériences du film Demain qui a suscité tant d’espoirs chez ceux qui refusent qu’on leur impose une société de consommation qui n’est guidée que par la maximisation du profit de certains. Et c’est le succès de cette expérimentation et de son rayonnement national et international qui dérange le pouvoir en place.

Après des années de lutte, les habitants de la ZAD, qui ont parfois mobilisé des dizaines de milliers de manifestants à Notre-Dame-Des-Landes, ont remporté l’an dernier une grande victoire, puisque le gouvernement a cédé et que l’aéroport ne sera pas construit. La logique marchande, pour une fois, a donc cédé le pas devant la lutte pour la préservation de l’environnement ; l’éco-système local, pour lequel ils se sont tant battus, sera préservé. Et ce n’est pas banal puisqu’on vient d’apprendre que les campagnes de France ont perdu 30% de leurs oiseaux au cours des 15 dernières années.

Mais pour les habitants de la ZAD, il n’est pas question de renoncer à ce laboratoire d’expérimentation qu’ils ont développé depuis de longues années, à cet îlot d’autonomie qu’ils ont créé dans ce vaste océan capitaliste qui sévit dans le reste de la France. La préfecture de Loire-Atlantique affirme qu’elle a tenté de négocier à titre individuel avec chacun d’entre eux pour régulariser leur situation, et souvent pour les relocaliser. Mais la version de l’avocate de nombreux habitants de la ZAD, Maître Pascual, est tout autre. Selon elle, l’expulsion des habitants de la ZAD est une violation grave de l’Etat de droit. En France, on ne peut expulser un habitant qu’après lui avoir envoyé un ordre d’expulsion. Sachant qu’une expulsion était en préparation, de nombreux habitants de la ZAD se sont fait connaître individuellement à la préfecture avec le numéro de leur parcelle, afin de se faire envoyer un ordre d’expulsion et de pouvoir le contester devant les tribunaux. Maître Pascual va donc intenter une action en justice pour obtenir réparation. Elle explique que le Code pénal français sanctionne d’une peine de trois ans de prison et de 30 000 euros d’amendes le fait de forcer un tiers à quitter le lieu qu’il habite sans avoir respecté les procédures.

L’intelligence limitée de Jupiter

Quant à Macron, ce président jupitérien qui se présente volontiers lui-même comme doté d’une intelligence supérieure, son blocage absolu devant l’idée qu’il puisse exister quelque part en France une communauté qui vive en dehors du modèle capitaliste montre au contraire à quel point son intelligence est limitée. Sa pensée monolithique lui interdit tout simplement d’imaginer qu’une vraie diversité soit possible. Dans ce monde capitaliste qui organise plus que jamais chaque aspect de notre vie, un mode de vie différent n’est tolérable que s’il ne remet rien pas en question le modèle.

Macron, qui a baigné dans les milieux de la finance et dont les amis sont à la tête de  multinationales de la technologie, est incapable de comprendre que ces milieux-là ne font plus rêver une bonne partie de la jeunesse. Cette jeunesse-là cherche des alternatives qui donnent un sens à leur vie. Elle se retrouve dans les multiples expériences du film Demain, dont la ZAD fait partie.

Si Macron réussissait dans sa tentative d’enterrer la ZAD, il risquerait d’entrainer une vague de jeunes dans le désespoir. Cette frange grandissante de la jeunesse qui aspire à vivre autrement ne pourrait que constater que, malgré sa toute-puissance et son contrôle des medias, le pouvoir ne peut pas tolérer une once de liberté à ceux qui refusent de se soumettre. Tout comme des milliers de Grecs se sont suicidés lorsque l’Europe leur a fait comprendre qu’ils n’avaient pas le droit d’élire un gouvernement qui pratique une politique de gauche, et qu’ils sont tombés dans la misère.

C’en serait fini des espoirs de Demain.

A l’heure où nous écrivons ces lignes, la quarantaine d’habitations de la ZAD a été détruite, mais les habitants sont déterminés à tout reconstruire et des sympathisants sont déjà en train de converger de plusieurs pays d’Europe pour les soutenir. Des campagnes de soutien sont organisées. Les zadistes de Notre-Dame-Des-Landes appellent les belges à participer à la mobilisation qui aura lieu ce samedi à la ZAD de Haren.

La ZAD de Haren

Depuis 2014 la Belgique a aussi sa Zone A Défendre, bien que plus modeste. Elle se situe au Keelbeek, sur la commune de Haren, où l’Etat belge veut construire une méga-prison. Dès la fin 2014 des zadistes s’y installent pour tenter d’empêcher la construction de la méga-prison. En mai 2015 la Régie des Bâtiments veut commencer des travaux de terrassement, mais les zadistes les en empêchent et obtiennent le soutien du tribunal qui déclare les travaux illégaux, car la Régie des Bâtiments n’a pas obtenu les permis de construire. En septembre 2015, la police expulse les occupants, détruit l’ensemble de leurs constructions, et retourne le potager à la pelleteuse. Mais cette expulsion est invalidée par le tribunal de première instance de Bruxelles et l’occupation reprend en 2016.

Ce samedi 14 avril, à l’appel de plusieurs organisations paysannes, une importante mobilisation est organisée à Haren pour s’opposer à la construction de la méga-prison et soutenir une agriculture paysanne. Voir les détails ici.

Lolita et Michel Gevers