Ensemble réveiller les légumineuses

Au commencement de l’hiver, l’invitation à un atelier Learn, do and enjoy it together (LDEIT), a suscité la curiosité sympathique d’une douzaine de femmes et d’hommes intéressés par les légumineuses. Récit d’une séance.

À peine entrés dans la salle de réunion, les regards sont attirés par trois grands sacs à provision et une caisse d’ustensiles divers. Il est 10 heures du matin. Chacun.e se trouve une place autour de la table. L’instruction peut commencer. Certain.e.s ont pris de quoi écrire, les autres comptent bien disposer de notes. Mais au fait, c’est quoi précisément les légumineuses ? On entend par légumineuses les fèves, lentilles, pois, haricots, mais aussi vesce, luzerne, lupin… Et c’est, paraît-il très bon pour la santé !

Entre l’université et la bibliothèque

Françoise Hendrickx a le sourire communicatif et d’entrée de jeu tout le monde est à l’aise pour l’écouter. Elle est psycho-pédagogue et a suivi une formation complémentaire en sciences de l’environnement. Elle forme de futurs conseillers en environnement et de futurs bibliothécaires documentalistes. Une grande partie de son job se déroule en bibliothèques publiques avec lesquelles, depuis près de deux ans, elle construit des cycles thématiques d’éducation permanente ou citoyenne en lien avec l’environnement.

Les légumineuses ; une année rien que pour elles ?

Un jour de 2016, une des bibliothèques de la province de Luxembourg invite Françoise Hendrickx  à proposer un nouveau cycle d’animation. Cherchant une thématique d’actualité en lien avec l’éducation citoyenne, Françoise Hendrickx découvre que c’est justement l’année internationale des légumineuses (A.I.L.) promue par la F.A.O.[1]

Très vite, elle se passionne dans l’exploration de ces aliments évacués par un siècle d’alimentation très carnée et dédicacée à la protéine animale. Hélas, le savoir-faire populaire s’est perdu, sautant une ou deux générations. La majorité des ménages cuisine les petits-pois surgelés et oublie les haricots secs dans l’armoire. « Or, dans une bibliothèque vous pouvez toujours trouver un fonds documentaire se rapportant à la cuisine, la santé, ou les traditions culinaires ou même la gastronomie. Cela permet de mieux connaître et comprendre l’intérêt des légumineuses pour la  santé et pour la terre», explique Françoise.  Et de nous annoncer un repas de midi avec cinq plats que nous préparerons nous-mêmes en suivant des recettes à base de haricots, lentilles, pois chiches, etc.  Nous lorgnons les sacs qui sont remplis de ces intéressantes choses, où ne sont pas oubliés d’autres accompagnements, herbes, aromates, riz, fenouil, champignons, salade…
La plupart des légumes viennent du jardin potager de Françoise. Nous ne sommes pas loin de penser que la moitié d’entre nous en cultive un aussi. C’est un désir de plus en plus partagé dans la société que de participer à la production d’une alimentation vivante, même en ville avec des plantations aromatiques ou quelques plans cultivés en pot ou dans des jardinières sur un balcon. Avec notre animatrice, nous commençons à comprendre le rôle particulier des légumineuses dans la production d’un sol riche et vivant. Ces graines font partie de la famille des fabacées. Ce sont les seules plantes à savoir transformer naturellement l’azote atmosphérique au bénéfice de leur croissance et des plantes « compagnes » (dans leur proximité). Planter des légumineuses permet d’enrichir naturellement le sol en azote sans utiliser des engrais chimiques. Leur culture en tant qu’engrais vert permet de limiter les intrants chimiques. Comme beaucoup de légumineuses sont des lianes, (haricots, pois grimpants), elles permettent aussi de développer une culture étagée qui décuple les rendements sur une petite surface.

Le soja, une légumineuse envahissante ?

La question posée par l’une d’entre nous intéresse tout le monde. « Le soja représente plus de 75% de la production mondiale de légumineuses, répond Françoise.  Il mérite une attention particulière car il est une pierre maîtresse de la diète de beaucoup de végétariens et de citoyens voulant diminuer les protéines animales. D’autre part, la culture du soja se développe à partir de déforestation massive, notamment en Amérique du Sud.  Il s’agit là de monocultures OGM-pesticides à plus de 90%. Mais seulement 6% de cette production de soja sert à l’alimentation humaine directe. La majorité est dédiée à la production de biofuel et de tourteau de soja pour l’élevage industriel. L’Europe cherche des alternatives depuis les années 2000 pour reconstruire son autosuffisance protéinique par du soja sans OGM d’une part et par la revalorisation d’anciennes cultures telles que les légumineuses, ainsi la féverole, la lentille, le lupin, et aussi le chanvre, l’ortie, … »

Culturel de la terre culture des livres

En dehors du cadre de ses activités à l’ULB, Françoise poursuit ses investigations et expériences dans des lieux de citoyenneté comme les bibliothèques publiques et les centres culturels. Les produits santé et les astuces culinaires doivent beaucoup au passé. C’est ainsi que Françoise s’est attachée à retrouver les racines culturelles qui valorisent les légumes secs à travers les mythes, les contes, les légendes et fêtes qui sont encore vivaces. Par exemple, pourquoi encore et toujours glisser une fève dans la galette des rois ? Ou pourquoi le conte de « Jacques et le haricot magique »[2] se trouve régulièrement réillustré ou réécrit par autant d’auteurs d’album jeunesse. Comment les fêtes de haricot de Soisson ou des lentilles ou des pois-chiche bien connues dans des régions de France inspirent des initiatives citoyennes sur nos territoires. Sans oublier les concours d’écossage de petits pois dans le nord de Bruxelles à Laeken où la cohésion sociale se construit autour de fonds culturels partagés par les communautés diverses (maghrébines, africaines, est-européennes, scandinaves…)

Sans jamais oublier les papilles

Les légumineuses se révèlent, pour peu qu’on les sollicite, des ingrédients très porteurs de nouvelles recettes gastronomiques qui peuvent soutenir à la fois les identités et les filières commerciales régionales. « Une proposition m’est venue de la ville de Beauraing pour développer une tapenade ou tartinable végétale à base de haricots coco rose de la Meuse[3]  mixé avec de la betterave rouge, raconte Françoise.  Cette recette, je l’ai nommée » la Révélation » en écho à l’apparition de la vierge devant un massif d’aubépines roses ! Mon ambition est de permettre par voie de conférences, ou d’ateliers pratiques et interactifs une meilleure compréhension des légumineuses et de les consommer dans de bonnes recettes, voire les cultiver soi-même. Ce qui est passionnant, c’est de contribuer à cette question de société sur le comment s’alimenter de manière saine et durable, à partir d’une double construction où en recherche et expérimentation moi-même, je collabore avec des partenaires qui sont dans la même dynamique. Comment allier des héritages traditionnels à des nouvelles pratiques technologiques et aux nouvelles technologies pour ensemencer, soutenir des pistes de transition énergétiques, économiques et culturelles. »

De tradition en transition, à nous la cuisine !

L’horloge tourne. Nous avons passé plus d’une heure à questionner, écouter, échanger, sur les particularités des légumineuses, apprenant au passage que la lentille est la plus digeste des légumineuses, que les pois-chiche ne contiennent que 6% de glucides ou qu’il faut manger des protéines chaque jour car elles ne se stockent pas ! Mais il est temps d’associer nos mains au cerveau. On se divise en équipes de trois pour prendre connaissances des fiches qui nous serviront pour préparer les recettes. Une idée des plats ? Riz-lent avec pour base des lentilles, Lobio avec des haricots rouges, Coco-boulle et Hoummos avec des pois chiches, Khicheri avec lentilles, chou-fleur et petit pois et enfin le burger vege ou steak vert !

Apprendre et faire ensemble ! Ensuite dresser une table conviviale, voilà le secret de la santé pour peu qu’on soit capable de sortir de nos habitudes, d’interroger les livres, voire cultiver son jardin ou rencontrer le maraîcher près de chez soi !

Godelieve Ugeux

 Les ateliers de légumineuses qui n’étaient au départ qu’un cycle dans une sphère culturelle, se sont étendus et ont conquis l’intérêt d’autres partenaires comme des magasins bio en vrac (le rayon vert, GrapHopper à Ottignies-LLN), des cercles horticoles (Carlsbourg) ou dans les salons de Nature et Progrès (Valériane, Aubépine). Une diffusion plus académique s’est développée comme à l’Université du Temps  libre de Gaume (Virton), dans des services communaux du développement durable (cycle Fêtes’en Vie à Woluwé St Lambert) et lors des conférences et ateliers pratiques pour la commune d’Ixelles. L’appui documentaire des bibliothèques locales est sollicité pour mettre à disposition une bibliographie ciblée et prêter une vingtaine d’ouvrages consultables par les participants à chaque événement.

Prochainement atelier légumineuses 

Wellin, Ferme arc-en-ciel, le 3 mars 17

CARLSBOURG, Grand-rue 7, le 9 mars 17

Info : francoise.hendrickx@skynet.be0478 /42.37.57

 

[1] https://www.actu-environnement.com/ae/dictionnaire_environnement/definition/food_and_agriculture_organisation_fao.php4
[2] http://bourseauxsequences.free.fr/s%E9quences/s%E9quences_de_sixi%E8me/le%20conte/supports/Jack%20et%20le%20haricot%20magique.htm
[3] Graines fournies par www.semailles.be