Et si l’histoire commençait par un murmure?

« … donner des mots au monde qui vient. »

Nous sommes amenés à échanger avec des groupes se revendiquant de la « transition », que celle-ci fasse référence directe à Rob Hopkins, au mouvement Colibri, ou encore aux « simplicitaires » ou « décroissants ». Pour plusieurs projets concrets, il était d’ailleurs remarquable que les personnes ne savaient pas clairement si l’activité était réalisée au nom de Colibri, de la transition, du GAC[1]  ou d’une locale écolo ! Les personnes fondant des projets de transition n’y arrivent pas vierges d’engagement, de recherche,  ni d’expérience ; elles ont en général un passé riche de mobilisations et de militances diverses, de tâtonnements, et de pratiques.

Et pourtant, il nous semble qu’un nouvel imaginaire du changement se bricole au sein de ce petit milieu hétéroclite et qui trouve un mot de référence dans celui de transition. Les mots permettent de « voir », ils éclairent ou ils obscurcissent, ils sont des moules à penser. Ils peuvent être féconds, éveilleurs ou au contraire « dormitifs ». Ils sont les briques de construction des récits au sein desquels nous vivons. Ils ont des familles, des parents et des enfants ! Et ils peuvent se fatiguer, devenir vieux, voire séniles. La famille « croissance-progrès-développement-capitalisme-lendemains qui chantent » semble assez fatiguée et poser plus de problèmes qu’elle n’en résout ! Alors « transition » nous éveille ou nous endort ? Qu’éclaire ce mot ? Permet-il de nouveaux récits ? Nous invite-t-il à penser différemment le changement et nos situations de vie ? Il nous semble important toutefois de distinguer le cadre de référence proposé par Rob Hopkins des pratiques multiples à l’œuvre au sein des groupes mobilisant celui-ci.

Le cadre : répondre aux défis de l’époque

La transition telle que proposée par Rob Hopkins invite à prendre en compte principalement deux donnes : la fin de l’énergie bon marché et le réchauffement climatique. Ces deux thèmes mettent en évidence la raréfaction des ressources naturelles (nous vivons dans un monde fini : pic du pétrole, cuivre, phosphore,…) et l’action sur l’environnement du modèle dit de développement actuel (il pollue et détruit : saturation des puits d’absorption de la pollution). La prise en compte d’une situation « catastrophique », comprise ici comme un moment de bifurcation lié à des impasses (climatique, énergétique, démographique, biologique, économique, sanitaire…) semble constituer sinon un point de départ, au moins une composante de ce mouvement. La transition est fille de l’écologie environnementale. En posant ces préoccupations, ce mouvement ajoute des questions nouvelles aux débats sur le changement : il ne s’agit plus de penser seulement à la répartition du gâteau (comme le dit si bien Serge Latouche), c’est-à-dire aux questions de redistribution, de justice, d’attention aux plus démunis, mais aussi de questionner la recette et les ingrédients dudit gâteau ! Et cette nouveauté chamboule tous les repères habituels et tous nos équilibres.

Il faut mentionner une troisième question que nous pourrions nommer « l’identité du pâtissier » : qui produit, comment, et est satisfait par quoi ? Multinationales ou artisans, industrie ou agriculture, artificialisation à outrance ou agroécologie, joie de faire ou de consommer ? 

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Rencontre des Continents        


Rencontre des Continents participe à cette mouvance de personnes « qui ont décidé de vivre différemment de leurs contemporains et faire des choix de vie qui les mènent à s’engager dans des activités concrètes et la mise en place d’alternatives ». Leur thème de prédilection étant « une assiette pour notre santé, celle de la planète et de tous ses habitants », ils sont attentifs à nos modes de vie.  Les alternatives concrètes pour une alimentation de qualité réunissent une large gamme d’acteurs : circuits courts, soutien aux agriculteurs et maraîchers, magasins alternatifs, luttes paysannes et mouvements pour la souveraineté alimentaire, syndicats paysans… et groupes de transition.

[1] Groupe d’Achat en Commun.
[2] Pascal Chabot, L’âge des transitions, PUF, 2015.