Journalisme et autocensure

Connaissez-vous la fenêtre d’Overton?

C’est un politologue états-unien, Joseph P. Overton, qui a créé un concept nouveau relatif aux discours acceptables… ou pas. C’est dans le domaine de la politique qu’il a développé ses idées mais on peut étendre son principe à un autre domaine où les idées sont susceptibles d’être accueillies positivement ou rejetées : celui de l’information.

C’est dans les années 1990 qu’Overton a développé sa théorie et depuis lors elle est connue sous le nom de « fenêtre d’Overton ». Cette fenêtre définit la gamme de propos, de sujets, de propositions qui sont jugés acceptables ou pas. Celui qui, jeune encore, était vice-président d’un institut de science politique a élaboré son concept dans le cadre du monde politique des USA et de sa démocratie représentative influencée par les médias dominants. Selon Overton, il y a une gamme de projets politiques qui peuvent être considérés comme politiquement acceptables au regard de l’opinion publique existante. Un politicien avisé ne fera donc des propositions que dans cette gamme d’idées qui sont recevables par la toute grosse majorité des électeurs. S’il ne respecte pas cette règle implicite, il a peu de chances de gagner ou de conserver une fonction publique. Cette fenêtre d’acceptabilité fut donc appelée fenêtre d’Overton et, dans la cadre d’un débat sur la liberté, il a représenté le concept selon le schéma ci-contre. Les idées politiques peuvent donc être considérées comme « impensables, radicales, acceptables, populaires ou politiques ». Les hommes ou femmes politiques qui visent le pouvoir doivent donc viser le centre de la fenêtre s’ils veulent réussir. En Belgique, ce principe trouve une traduction dans une formule très pragmatique « Les élections se gagnent au centre ». Un parti humaniste (qui se dirait antihumaniste ?) s’est d’ailleurs fait une spécialité de ce positionnement et ses innombrables participations au pouvoir montrent que cela marche pas mal du tout.

Immobilisme

Evidemment, avec une pareille logique, si tous les « responsables » politiques ont comme objectif d’occuper des positions confortables, on risque fort d’avoir des sociétés bloquées où rien ne change, même si c’est nécessaire. En effet, l’opinion publique, formatée par les médias dominants, a tendance à rejeter tout ce qui est « extrême » ou « radical ». Pourtant la radicalité (« qui va à la racine ») est peut-être plus pertinente qu’un statu quo, souvent inspiré par la peur du changement ou la non prise en compte de réalités qui ont changé.

On réalise ainsi que ce sont tout autant les médias que les responsables politiques qui sont à la source de l’immobilisme dans nos sociétés. Sans entrer dans le vaste et grave débat du contrôle des médias dominants par les pouvoirs d’argent, il existe aussi une tendance, faite de prudence et de recherche de taux de lectorat ou d’audimat, qui cadenasse la parole médiatique. Puisque ce sont en grande partie les recettes publicitaires qui assurent la survie des grands médias, puisque ces recettes sont proportionnelles à l’audience, les médias qui veulent réussir et gagner de l’argent font comme les politiciens qui veulent gagner les prochaines élections : ils disent ce qu’ils croient que leurs lecteurs, auditeurs ou téléspectateurs veulent entendre. 

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Alain Adriaens