«Le CETA, ce n’est pas fini!»

Paul Magnette à l'Elysée lors d'un entretien avec François Hollande le 14 octobre 2016 en pleine crise du CETA. © Présidence de la République française

A l’issue de la crise du CETA en octobre dernier, Paul Magnette avait évoqué la publication d’un livre sur ces événements. Celui-ci arrive déjà dans les rayons. CETA, Quand l’Europe déraille a été présenté à la presse ce mardi 7 mars à Bruxelles.

Quatre mois après la «saga CETA», dans laquelle la Wallonie s’était retrouvée projetée sur le devant de la scène européenne comme le lieu de résistance à cet accord économique et commercial global, Paul Magnette, ministre-président de la Wallonie, publie son récit des événements. Il l’a rédigé en cinq jours, s’appuyant sur des documents officiels et des notes personnelles composées au fil des négociations. Face à «l’urgence» d’aboutir, celles-ci auront d’ailleurs connu une tournure qui rompt avec les règles européennes et constitutionnelles belges, menant à discuter en ligne directe avec les plus hauts responsables européens et canadiens.


Cependant, s’il s’agit bien avec ce livre de donner sa «version des faits», de «raconter tous ces événements, de manière narrative, factuelle», son intention ne se limite pas à cela. L’essentiel pour lui est que cette «bataille du CETA» de l’automne dernier ne soit pas considérée comme un simple épisode secondaire, à un moment donné, un incident de parcours sans importance, lubie wallonne isolée, et que tout peut à présent reprendre comme avant. Au contraire, nous dit-il, ce qui s’est passé en Wallonie, est «le symptôme d’une crise de confiance très profonde à l’égard du commerce international, à l’égard de la manière de fonctionner de l’UE».

Replaçant la «saga CETA» au sein de «l’histoire de la mondialisation», l’ancien professeur de l’ULB émet ainsi le diagnostic de notre époque: «le moment que nous vivons aujourd’hui est sans doute la fin d’un cycle, de ce que les politologues avaient appelé le consensus permissif», c’est-à-dire une adhésion, ou du moins une tolérance, à l’égard de l’intégration européenne et de la globalisation. Aujourd’hui, ce consensus est terminé et de plus en plus de voix dissidentes s’élèvent face à la mondialisation actuelle. C’est pourquoi les débats suscités par cet accord commercial ne sont pas clos, mais ne font que commencer.

Une autre forme d’ordre mondial

Il ne s’agit toutefois pas pour le ministre-président wallon de rejeter toute idée de mondialisation ou de commerce international. Il n’a jamais été, dit-il, «protectionniste au sens classique du terme». Son but est au contraire de «montrer qu’une autre manière de faire du commerce international est possible». Il faut démontrer qu’il y a «différentes manières d’aborder l’enjeu européen et l’enjeu de la mondialisation».

«Nous avons toujours pensé que les échanges de biens, de services, de personnes, entre différentes régions du monde, peuvent contribuer à l’équilibre du monde, à sa stabilité, à la connaissance mutuelle entre les différentes civilisations. Mais cela ne fonctionne que si la mondialisation se fait en énonçant des règles qui créent petit à petit quelque chose qui ressemble à un ordre mondial, pour sortir de l’espèce d’anarchie mondiale dans laquelle, hélas, nous sommes encore largement coincés aujourd’hui.»

Il faut donc sortir de l’opposition entre la fermeture sur soi et la mondialisation telle qu’elle se présente actuellement. C’est d’ailleurs un des sens de la Déclaration de Namur, reprise en annexe du livre. Au passage, il répète qu’il reste un Européen convaincu. «Mais ce n’est pas parce qu’on aime l’Europe qu’on doit se priver de la critiquer. Au contraire», ajoute-t-il.

Des questions de cohérence

Par ailleurs, Paul Magnette a rappelé que le CETA était encore loin d’être ratifié par le parlement wallon. Une demande d’avis à la Cour de Justice de l’UE est prévue. Il s’agit de poser non pas des questions restreintes — ce que le gouvernement fédéral tente actuellement d’imposer au pouvoir wallon, lequel ne cède pas —, mais larges et fondamentales. «Des questions sur la cohérence entre les principes d’un accord économique et commercial comme celui-ci et les grands principes en matière de protection de l’environnement, de la santé publique, du droit du travail, qui sont au cœur du projet européen.»

Ces questions sont actuellement en cours de rédaction, dans ce qu’on appelle un mémoire. «On peut s’attendre à avoir un avis [de la Cour de Justice de l’UE] dans un délai d’un an à deux ans». Le débat de ratification au sein du parlement ne pourra avoir lieu qu’à ce moment-là. Fait nouveau, Paul Magnette annonce que le gouvernement de Slovénie a décidé de se joindre à la demande d’avis, signe que la Wallonie n’est plus seule sur le sujet.

Ainsi, à travers la présentation de son ouvrage, le chef du gouvernement wallon vient affirmer que nous n’en avons pas fini avec le CETA. D’une part, dans un sens littéral, parce que la ratification par les parlements des Etats membres démarre à peine — seule la Lituanie s’est déjà prononcée, favorablement — et que le parlement wallon n’a pas abandonné l’affaire. D’autre part, dans un sens plus métaphorique, parce que les résistances au traité avec le Canada s’inscrivent selon lui dans un mouvement plus global de contestation de la mondialisation actuelle. Il s’agit donc pour le responsable politique d’entendre cette contestation et de proposer une autre forme de mondialisation.

 

CETA, Quand l’Europe déraille
Paul Magnette, éditions Luc Pire, mars 2017, 156 pages
ISBN: 9782507054847

LAISSER UN COMMENTAIRE