Le mythe de la méritocratie

Si la nécessité de réduire les inégalités de revenus ne fait pas toujours consensus, celle de promouvoir l’égalité des chances est en général défendue, du moins publiquement, par tout le monde. L’ « égalité des chances », que l’on peut définir comme le fait que chaque individu ait les mêmes chances dans la vie, indépendamment du contexte de départ[1], apparait, en effet, comme un objectif de société impossible à critiquer. Toutefois, les moyens pour tendre vers cette égalité et , plus particulièrement, le lien qu’elle partage avec l’« égalité de résultat » (le « résultat » étant plus souvent représenté par le revenu) font débat. L’égalité des chances est-elle possible dans une société qui connait de fortes inégalités de revenus ? Derrière cette question se cache un grand enjeu politique car de la réponse découlent de nombreuses implications.

En effet, une réponse positive pourrait donner une justification moralement acceptable aux inégalités de revenus. C’est le parti pris par la droite néolibérale pour vanter son modèle « méritocratique ». En quelques mots, selon ce modèle de société, les inégalités de revenus seraient une nécessité pour motiver les individus à faire des efforts afin de s’élever dans l’échelle sociale. Et la place que ces individus occupent dans cette échelle serait principalement liée à leur mérite. Si l’on poursuit la logique de ce modèle, une bonne politique publique ne serait donc pas de réduire les « bonnes » inégalités méritocratiques, stimulantes pour notre société, mais de lever les derniers obstacles à l’élévation sociale faisant perpétuer des « mauvaises » inégalités (c’est à dire non liées au mérite). Il est amusant de constater que les partis vantant ce type de modèle sont généralement les premiers à vouloir diminuer les droits de successions – l’héritage étant pourtant un grand vecteur de « mauvaises » inégalités – mais on ne s’attardera pas sur cette énorme contradiction. Le plus souvent, les partisans de la « méritocratie » considèrent que ces derniers obstacles proviennent de la «  lourdeur » de l’Etat-providence qui brimerait la créativité et découragerait ceux qui veulent entreprendre.

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Damien Viroux


[1] OCDE (2015), Tous concernés : Pourquoi moins d’inégalités profite à tous, Editions OCDE, 336p.
[2] Milanovic, B (2012), Global Income Inequality by the Numbers : in History and Now – An overview, Policy Research Working Paper 6259, World Bank, 30p.
[3] Milanovic, B (2016), Global inequality : A new approach for the age of globalization, Harvard University Press, 320p.
[4] Wilkinson, R et Pickett, K (2013), Pourquoi l’égalité est meilleure pour tous, Les Petits Matins, 500p.
[5] Wilkinson, R et Pickett, K (2013), op.cit.
[6] Wilkinson, R et Pickett, K (2013), op.cit.
[7] Piketty, T (2013), Le capital au XXIième siècle, Seuil, 969p.
[8] Stiglitz, J (2014), Le prix de l’inégalité, Actes Sud Editions, 501p.
[9] Piketty, T (2013), op.cit.