Le nucléaire ne nous sauvera pas du réchauffement climatique !

Sauveur tout puissant pour certains, menace apocalyptique pour d’autres, le nucléaire est un sujet régulièrement mis au centre de l’actualité. Un des sujets de débat les plus importants est la place qu’il doit ou ne doit pas jouer dans le cadre de la transition énergétique.

Alors que l’impact des énergies fossiles sur le réchauffement climatique n’est plus à démontrer, l’énergie nucléaire apparaît pour beaucoup comme un sauveur tout désigné. En effet, cette source d’énergie n’émet pas de gaz à effet de serre. Elle pourrait donc être un substitut idéal aux énergies fossiles dans la lutte contre le réchauffement climatique. L’Agence Internationale de l’Energie recommande ainsi le soutien au nucléaire pour augmenter sa capacité en vue de réduire les émissions de gaz à effet de serre de notre système énergétique[1]. Toutefois, l’énergie nucléaire présente de nombreuses limites qui font qu’elle n’est pas une alternative crédible aux énergies fossiles.

La première de ses limites est que, tout comme les énergies fossiles, l’énergie nucléaire est basée sur une ressource non-renouvelable : le minerai d’uranium. L’uranium est présent en quantité finie sur Terre et il existe donc une limite physique à l’utilisation du nucléaire comme source d’énergie. Selon les estimations, la durée de vie de l’uranium est d’environ 135 ans[2]. Si cette durée peut sembler importante, cette impression est trompeuse. Effectivement, elle est calculée en fonction du niveau de besoin en uranium de 2014. Cela signifie que si ce niveau reste similaire dans les décennies à venir, les ressources en uranium seront épuisées dans 135 ans. Toutefois, en 2014, le nucléaire ne représentait que 5% du système énergétique mondial actuel (contre 81% pour les énergies fossiles)[3]. Si le nucléaire était utilisé comme substitut aux énergies fossiles afin de limiter le réchauffement climatique, le niveau de besoin en uranium augmenterait considérablement et, par conséquent, la durée de vie du minerai diminuerait significativement.

La deuxième de ses limites est que, même s’il n’émet pas de gaz à effet de serre, le nucléaire présente de nombreux dangers. Un de ces dangers concerne le traitement de ses déchets. En effet, ils sont hautement radioactifs et ne peuvent donc pas être stockés dans la nature. Alors que leur activité radioactive peut perdurer pendant des millénaires, aucune solution de long terme n’a pour le moment été trouvée. Le deuxième danger concerne le risque d’accident. Ce danger est celui le plus souvent cité comme argument « anti nucléaire ». Les conséquences d’un accident nucléaire sont catastrophiques comme l’ont montré les drames de Tchernobyl en 1986 et de Fukushima en 2011. En particulier, ce dernier aura démontré que même une puissance aussi riche et avancée technologiquement que le Japon ne pouvait garantir la sûreté du nucléaire.

Malgré le fait qu’il n’émet pas de gaz à effet de serre, le nucléaire n’est donc pas une alternative crédible aux énergies fossiles. Il présente d’importants dangers, que ce soit par notre incapacité à traiter à long terme ses déchets ou par les drames qu’il pourrait provoquer à nouveau. De plus, sa durée de vie est physiquement très limitée. Alors que les limites présentées dans cet article sont loin d’être exhaustives – on aurait pu également expliciter les problèmes liés à l’extraction de l’uranium – elles sont déjà suffisantes pour plaider pour une transition énergétique sans énergie nucléaire. S’il est évident qu’il faut sortir urgemment des énergies fossiles afin de limiter le réchauffement climatique, le nucléaire ne sera pas notre sauveur dans cet énorme défi.

Damien Viroux  


[1] Agence Internationale de l’Energie (2017), Tracking Clean Energy Progress 2017, Energy Technology Perspectives 2017, OECD/IEA, 116p.

[2] Agence pour l’Energie Nucléaire et Agence Internationale de l’Energie Atomique (2016), Uranium 2016: Resources, Production and Demand, NEA No. 7301, OECD/NEA, 550p.

[3] Agence Internationale de l’Energie (2016), Key World Energy Trends, Excerpt from: World Energy Balances (2016 edition), Statistics , OECD/IEA, 19p.