Mon assiette… pas si mienne que ça!

Vue de La pousse qui pousse, pépinière durable à Saint-Gilles

«D’où vient ce qu’il y a dans mon assiette?» était le thème de la 2ème édition de l’École d’été de l’agriculture urbaine et alimentation durable. Elle s’est déroulée mi-juillet à Bruxelles sur le campus de La Plaine de l’ULB. L’objectif était d’informer et sensibiliser les participants aux enjeux bruxellois et mondiaux, de partager et créer du savoir entre acteurs professionnels et amateurs et bien entendu entre consommateurs que nous sommes tous.

Se nourrir correctement est une préoccupation pour toute personne soucieuse de sa santé. La qualité, la composition, la provenance des aliments, et même les conditions de vie des producteurs et artisans, font partie du bien manger qui n’est pas qu’une affaire de papille ou d’estomac. En clair, la relation à la nourriture est complexe et ne se résume pas à un équilibre entre les nutriments et les saveurs, mais porte une symbolique liée à la vie. L’engouement actuel pour le bio ne concerne pas que la santé du consommateur, mais s’accompagne généralement d’une préoccupation pour celle des producteurs et même pour le futur de la planète.

Du travail de la terre au bureau du chercheur et inversement  

L’École d’été de l’agriculture urbaine et alimentation durable a été initiée par le Laboratoire d’écologie du paysage et systèmes de production végétale de l’Université Libre de Bruxelles. Elle est portée par un consortium de citoyens et d’associations et soutenue par l’Action Co-create pour des systèmes d’alimentation durable d’Innoviris, l’Institut bruxellois pour la recherche et l’innovation.

Village Partenaire visité par un groupe

L’École d’été vise un apprentissage théorique et pratique en faisant se rencontrer les chercheurs souvent assis devant un écran d’ordinateur, les maraîchers, les jardiniers, les militants du durable et les nouveaux entrepreneurs de terrain. Cette année, quelque 140 personnes enthousiastes ont participé aux conférences, débats et visites dans divers sites à Bruxelles.  Certains ont même participé aux chantiers organisés par les brigades d’actions paysannes dont pour.press se fera l’écho prochainement. Une organisation importante qui a permis tant aux scientifiques qu’aux non-scientifiques, via un réseautage très productif sur les enjeux bruxellois et mondiaux, d’échanger leurs connaissances pour stimuler la réflexion autour de l’agriculture urbaine et l’alimentation durable.

Deux visions opposées

En introduisant le sujet de cette session d’été, Marjolein Visser, bio-ingénieure, a rappelé la crise multidimensionnelle qui est le point de d’émergence de l’agroécologie dont l’avenir se dessine entre deux visions opposées. En clair, la céréaliculture qui élimine autant que possible le travail humain et le remplace par des infrastructures énergivores et le maraîchage, d’abord autour des villes, à petite échelle, où des gens non issus du monde agricole osent faire un pas vers un retour à la terre. Ils créent une marge économique la plus grande possible sur un petit lopin qu’ils ont pu acquérir. La même double vision se retrouve en élevage, avec le business à grande échelle appelé «lait sur maïs» versus «lait sur herbe» en région wallonne limoneuse où les vaches se promènent en prairie.  

Vers une «repaysannisation»

Le terme est nouveau et sympathique. Il signifie une reconnexion entre les ménages non agricoles et les agriculteurs. L’agroécologie n’est définie ni exclusivement par des disciplines scientifiques, ni par des mouvement sociaux, ni par des pratiques mais est appelée à devenir un concept fédérateur d’action intermédiaire entre ces trois dimensions. Chercheurs et non-chercheurs se côtoient dans un dialogue des savoirs et créent des réseaux d’innovation multi-acteurs. C’est exactement à quoi se sont consacrées, avec succès, les journées de l’École d’été de l’agriculture urbaine et alimentation durable en ce mois de juillet 2017. De quoi espérer raisonnablement que l’humanité, boostée par ce public jeune et dynamique, redevienne capable d’avenir durable.