Nous irons tous au paradis … fiscal

Malheureusement, c’est faux : ce paradis-là reste l’apanage d’un nombre restreint de privilégiés. La lutte contre la fraude fiscale est une vieille histoire. En période électorale, depuis très longtemps, elle bouche habituellement les trous des programmes politiques. Quelque chose est cependant en train de changer depuis les 5 dernières années avec les Paradise papers, Panama papers, Lux leaks, Swiss leaks, Offshore leaks et autres fuites. Grâce à elles, les journalistes de l’ICIJ[1] ont démontré avec professionnalisme et courage la réalité, l’ampleur et la complexité des systèmes élaborés pour échapper à l’impôt. Les plus grands journaux mondiaux ont publié les résultats de ce travail qui montre, de même que le livre de Nicholas Shaxson[2], que l’évasion fiscale n’est plus un épiphénomène.

Nous devons prendre conscience que la lutte contre les paradis fiscaux exige un changement culturel et de comportement, car la fraude fiscale s’appuie et vit, en grande partie, de notre complicité. N’est-il pas de bon ton d’échapper à l’impôt, d’utiliser pour ce faire tous les trucs et ficelles ?

Le système offshore, outil essentiel de l’optimisation fiscale avec la recherche obstinée des voies les moins taxées, a réussi à s’inscrire profondément dans notre système économique et la vie de nos sociétés. Il s’est appuyé sur cette connivence. De plus, voici bientôt 40 ans, un message simple et puissant s’est globalement imposé et a imprégné, implicitement ou explicitement, notre manière de penser et de voir le monde : liberté de faire ce que je veux, où je veux et comme je le veux, tant dans mes activités économiques qu’avec mon argent et, pour assurer cette liberté, affaiblir l’État en diminuant les impôts et en privatisant ses activités. On l’appelle aussi « pensée unique ». Elle a présidé à la révolution néolibérale des années 80[3].

Ce discours est passé d’autant plus facilement qu’il répondait à un besoin, réel ou ressenti, de plus de liberté face à la prégnance des Etats. Personne n’aime les contraintes administratives ou autres, ni le fait de devoir payer des impôts, surtout lorsque la charge est lourde et que prévaut le sentiment qu’ils sont mal utilisés. Par ailleurs, nombreux sont ceux qui s’accordent sur l’inefficacité des Etats pour gérer biens et services publics. Reagan n’a-t-il pas proclamé que « l’État est le problème » ? 

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[1] International Consortium of Investigative Journalists, http://www.icij.org/ . Pour plus de détails, consulter les dossiers de l’ICIJ et/ou les articles et dossiers du Soir sur les « paradise papers » de novembre 2017.
[2] «Les paradis fiscaux », Nicholas Shaxson, André Versaille éditeur, 2012
[3] Pour une analyse de notre système sociétal, «La main invisible », Alain Tihon, éditeur Alain Tihon, 2016
[4] Voir la charte de Finance-la-Neuve http://financelaneuve.blogspot.be/
[5] Nicholas Shaxson, ibidem