Racisme et sexisme, même bataille!

Le racisme est-il un type de conduite apparenté au sexisme? Avec pour corollaire l’idée un peu audacieuse que si le sexisme n’avait pas existé, le racisme n’aurait peut-être pas eu de raison d’être. Car alors, le rapport à l’autre, en l’occurrence au sexe opposé, se serait construit autrement, selon un paradigme de rencontre mutuelle égalitaire et paisible… Qui sait?

Cent fois par an en France, est annoncé par simple dépêche, la mort d’une femme sous les coups de son compagnon, mari ou ex-conjoint. Proportion similaire en Belgique. Violences récurrentes ou crime passionnel, l’horreur est là. Libération a recensé les articles de journaux pour en savoir plus et constate que le problème touche toutes les femmes, sans distinction de statut social, d’âge, de lieu ou de nationalité. Comment cela se fait-il? Quelle est l’origine de ce phénomène de violence et de domination envers le sexe féminin?

L’Homo sapiens toujours d’actualité!

Françoise Héritier, anthropologue, a mis en avant une «pensée de la différence», c’est-à-dire «la manière dont la différence des sexes, qui ne comporte dans l’absolu rien de hiérarchique, a été pensée dans les diverses sociétés du monde depuis les origines des temps.» [1] Elle pose la question de savoir comment il se fait qu’aujourd’hui encore, malgré les découvertes scientifiques, l’humanité dans sa majorité développe toujours un système de pensées et/ou de mises en pratique valorisant systématiquement le masculin et/ou dévalorisant le féminin.

Son hypothèse est la suivante: «L’inégalité n’est pas un effet de la nature. Elle a été mise en place par la symbolisation dès les temps originels de l’espèce humaine à partir de l’observation et de l’interprétation des faits biologiques notables. Cette symbolisation est fondatrice de l’ordre social et des clivages mentaux qui sont toujours présents, même dans les société occidentales les plus développées.»

«Cette vision très archaïque, dit-elle encore, dépend d’un travail de la pensée réalisé par nos lointains ancêtres au cours du processus d’hominisation à partir des données que leur fournissait leur seul moyen d’observation: les sens.» Observation qui n’est pas restée une banale balance opposant deux à deux des termes antithétiques de même valeur. Pourquoi?

Selon Françoise Héritier, les représentations de la personne sexuée dans la société occidentale «ne sont pas des phénomènes à valeur universelle générés par une nature biologique commune, mais bien des constructions culturelles.» Et ce qu’elle appelle la valeur différentielle des sexes est cette traduction unique du biologique qui exprime un rapport conceptuel orienté et hiérarchisé. Elle attribue la provenance de cette valeur différentielle à la volonté de contrôle de la reproduction de la part de ceux qui ne disposent pas de ce pouvoir si particulier qu’est la procréation.

Peur de la jouissance des femmes

Le travail de la pensée au cours du processus d’hominisation a consisté à connoter alternativement des caractères masculins et féminins à partir de l’observation des caractères objectifs et concrets des productions des corps dont la perte de sang subie par les femmes (caractère passif) mais volontaire pour les hommes (caractère actif des guerres et des rites d’initiation). Une classification selon les apparences et une grille de lecture basée sur des préjugés et des pseudo-connaissances ont placé en filigrane les notions de pur et d’impur, de fort et de faible qui perdurent dans les mentalités d’aujourd’hui. Cette caractérisation binaire sur base de faits naturels et physiologiques s’apparente au déterminisme biologique, (voire animal) dont les femmes ne seront parfois pas différenciées et dans lequel les hommes les enferment leur refusant «l’accès à la connaissance et aux savoirs de leur lieu et de leur temps autres que ceux qui sont directement liés à l’état domestique où elles sont confinées». [2]

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