Repenser les inégalités face au défi écologique

Coordonné par Marie Drique et Jean Merckaert, de la revue française PROJET, un groupe de travail «Penser les inégalités dans un monde fini», s’est réuni entre 2015 et 2017. Il cherchait de nouvelles manières de lutter contre les inégalités dans un monde aux ressources limitées. Un monde menacé aussi, au niveau climatique, par les excès de l’exploitation de ces ressources par l’espèce humaine qui l’habite.

Ce groupe rassemblait des représentants de nombreuses associations: Fondation Nicolas Hulot, Solidarités nouvelles pour le logement, Secours Catholique, Confédération française des travailleurs chrétiens (CFTC), Revue Projet, Institut Veblen, Fondation Abbé Pierre, Comité catholique contre la faim et pour le développement (CCFD)-Terre Solidaire, Union nationale des associations familiales, Réseau action Climat, Oxfam-France, 350.org (mouvement global pour le climat), Collectif Roosevelt, Humanité et biodiversité et Emmaüs France.

Un colloque «Réduire les inégalités, une exigence écologique et sociale» clôturait leur travail les 16-18 février 2017 à Paris. Parmi les nombreux ateliers de ce colloque, nous relevons:
• D’un monde financiarisé au financement de la transition écologique et sociale
• Des institutions politiques garantes du long-terme
• Réduire les inégalités de revenus
• Mutations du monde du travail: comment envisager les conversions professionnelles?
• La RTT et l’allocation universelle: des propositions pour un nouveau modèle social-écologique?
• Aider le monde de «Demain» à advenir

Des thèmes d’un intérêt évident pour nos coopérateurs et lecteurs.

Avec l’aimable autorisation — et encouragement — de la revue PROJET, nous publions ci-dessous l’introduction du texte majeur produit par le groupe de travail, avec le renvoi au texte intégral publié dans le numéro 356 (février 2017) de la revue.


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Lutter contre les inégalités est le leitmotiv de bien des mobilisations. Mais la finitude de notre planète oblige à renouveler la réflexion. Une tâche à laquelle s’est attelé, avec la Revue Projet, un groupe d’associations, syndicats et chercheurs de sensibilités variées. D’où un texte fort, qui refuse d’opposer enjeux sociaux et environnementaux et qui inspire le colloque «Réduire les inégalités, une exigence écologique et sociale» (16 au 18 février 2017).

Notre monde doit faire face simultanément à des défis écologiques sans précédent et à la forte hausse des inégalités. Faut-il choisir son combat? Une vision à court-terme nous laisse envisager cette situation sous la forme d’un dilemme insurmontable. Or l’urgence sociale et l’urgence écologique sont, en bonne partie, les deux faces d’une même pièce. Surtout, la seconde oblige à repenser la manière de traiter des inégalités.

Insoutenabilité sociale

Mesurées financièrement, les inégalités se sont plutôt réduites entre pays au cours des dernières décennies (les pays d’Afrique subsaharienne faisant largement exception) mais elles se sont vivement accrues au sein de chaque pays. Si les inégalités de revenus ont globalement augmenté — avec des écarts de rémunération de 1 à 1000 dans certaines multinationales —, les inégalités de patrimoines ont, pour leur part, véritablement explosé au niveau international et sur une longue période. Quelques individus concentrent désormais près de la moitié de la richesse mondiale.

L’approche monétaire n’offre certes qu’une vision parcellaire des inégalités, qui sont vécues d’abord en termes d’accès à certains services et activités (santé, éducation, emploi, énergie, logement, transport…), en termes d’exposition à certains dommages ou nuisances (bruit, pollution, vulnérabilité à des événements extrêmes…), de discriminations (raciale, de genre, religieuse…), ou encore en termes de qualité des liens sociaux (familiaux, amicaux, de travail, de citoyenneté). Elle traduit cependant, dans un monde fortement monétarisé (où l’accès aux biens et services dépend grandement du revenu), une grave réalité.

Les inégalités, une violence sociale

De larges franges de la population, exclues des systèmes de soin, de l’emploi, d’un accès à l’école ou à la formation, ne peuvent satisfaire leurs besoins essentiels, encore moins goûter à la liberté de choisir les produits qu’elles consomment.

Ces inégalités recouvrent, en bas de l’échelle sociale, un déni des droits les plus élémentaires. L’accès à l’alimentation, à l’eau potable, aux soins essentiels, reste un enjeu massif à l’échelle du monde. En Europe et aux États-Unis même, des fractions grandissantes de la population sont condamnées à des stratégies de survie. Dans ces pays prospères, les inégalités peuvent être vécues par les plus pauvres comme une blessure supplémentaire. Les personnes durablement exclues du marché du travail, en particulier, expriment souvent un sentiment insupportable, celui de leur inutilité pour la société. La violence des inégalités monétaires est d’autant plus forte que leur ampleur s’accroît et que la reconnaissance sociale en dépend.

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